Vous vous apprêtez à partir en vacances dans l’UE et vous craignez de manquer de savon et de shampooing en raison des restrictions sur les liquides ? Ou de payer des frais supplémentaires pour monter dans l’avion avec votre bagage cabine ?
Bonne nouvelle sur un point : les aéroports de l’Union européenne vont bientôt pouvoir lever la restriction sur les liquides dans les bagages à main, une règle impopulaire depuis des années.
Sur les frais liés aux valises cabines, l’UE avance et les députés européens ont proposé fin juin d’interdire aux compagnies aériennes de facturer les passagers. Mais ils se heurtent à une farouche résistance de la part du secteur aérien.
Mais revenons aux liquides. Depuis 2006 et l’introduction de restrictions après un projet d’attentat déjoué à l’aéroport londonien d’Heathrow impliquant des explosifs liquides, les passagers ne peuvent pas transporter un contenant de plus de 100 ml de liquide dans leur bagage cabine. Les petites bouteilles doivent en outre être placées dans un sac plastique transparent refermable et ne pas excéder 1 litre au total.
Près de vingt ans plus tard, l’Union européenne a donné son feu vert à l’installation dans les aéroports de nouveaux scanners capables de détecter les explosifs liquides, ouvrant ainsi potentiellement la voie à la levée des restrictions.
Selon une porte-parole de la Commission européenne, ces scanners (CT-scan), similaires à ceux utilisés en imagerie médicale, peuvent identifier de manière fiable les menaces et distinguer les liquides sûrs des autres, ce qui permettra théoriquement aux passagers de transporter des bouteilles plus grandes partout dans l’UE. Il appartiendra toutefois aux aéroports de mettre en place cette technologie, a-t-elle ajouté vendredi 1er août durant un point presse.
Pas du jour au lendemain
Actuellement, environ 700 scanners de ce type sont déjà en service ou en cours d’installation dans 21 pays de l’UE, selon la Commission. Certains aéroports en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne et en Irlande les utilisent déjà, selon la presse.
Grâce à cette technologie, qui peut rapidement produire une image tridimensionnelle du contenu d’un bagage, plusieurs aéroports de l’UE ont déjà assoupli la restriction des 100 ml depuis juillet 2024.
Mais certaines autorités ont exprimé des doutes quant à la fiabilité de ces nouveaux équipements, comme la police fédérale allemande et l’opérateur de l’aéroport de Francfort, Fraport, amenant la Commission européenne à réimposer une restriction « temporaire » sur le contrôle des liquides « dans certains aéroports de l’UE » le 1er septembre 2024. Elle avait toutefois légèrement assoupli la règle, les liquides placés dans un sac transparent étant autorisés à rester dans les bagages à main.

La récente approbation officielle par l’UE des nouveaux scanners ouvre la voie à leur généralisation dans les aéroports. Une généralisation qui pourrait toutefois prendre du temps. Une porte-parole de l’association allemande des aéroports (ADV) a ainsi déclaré que le déploiement complet de ces machines à l’échelle nationale allait être complexe en raison du coût de ces équipements mais aussi des modifications structurelles nécessaires au niveau des contrôles de sécurité à cause de la taille de ces machines.
À l’aéroport de Francfort – le plus fréquenté d’Allemagne –, 40 des quelques 190 contrôles de sécurité sont déjà équipés de ces nouveaux systèmes, selon une porte-parole. 40 autres ont été commandés. Cependant, les passagers doivent toujours respecter la limite de 100 ml car il n’est pas possible d’anticiper quel scanner inspectera leurs bagages tandis que certains des nouveaux appareils n’ont toujours pas le logiciel adéquat.
L’aéroport de Munich connaît des problèmes similaires, les mises à jour des logiciels ayant été reportées après la saison estivale.
Dans le principal aéroport de Slovénie, Ljubljana Jože Pučnik, l’opérateur allemand Fraport a amélioré ses scanners lors de l’ouverture d’un nouveau terminal en 2021 et utilise déjà une technologie avancée conforme à la dernière norme (EDS 3.1) pour le contrôle des bagages allant en soute. Cette technologie permet une analyse tridimensionnelle du contenu et est capable de détecter des explosifs.
« En ce qui concerne les bagages à main, nous examinons actuellement tous les aspects : avantages, coûts, exigences en matière d’espace et impact sur l’ensemble du processus de contrôle de sécurité. Il s’agit d’un investissement majeur, qui implique non seulement l’achat de matériel, mais aussi des ajustements au niveau des infrastructures et de l’organisation du terminal », a déclaré Fraport.
En Espagne, un nouveau CT-Scan est déjà en service à l’aéroport de Palma de Majorque et d’autres sont en cours d’installation à l’aéroport Adolfo Suárez Madrid-Barajas et à l’aéroport Josep Tarradellas Barcelona-El Prat.
En Roumanie, où des vols internationaux sont opérés depuis douze aéroports, la mise à jour logicielle nécessaire pour permettre la levée des restrictions sur les liquides est en cours. Le calendrier prévoit la fin de ces opérations de mise à jour au plus tard au premier trimestre 2026. Le Service de renseignement roumain (SRI), qui effectue les contrôles de sécurité dans tous les aéroports du pays, a déclaré en juillet que la levée des restrictions sur les liquides dans les bagages à main ne sera possible que dans les aéroports ayant recertifié et mis à jour intégralement leur équipement.

La lutte pour les bagages à main « gratuits »
Autre règle très impopulaire chez les passagers : les frais sur les bagages à main. De nombreuses compagnies aériennes à bas coût n’incluent dans le prix du billet qu’un petit sac à dos ou une sacoche d’ordinateur portable et font payer des frais supplémentaires pour d’autres bagages cabine, une pratique jugée illégale par les organisations de défense des droits des consommateurs.
En mai, une quinzaine d’associations européennes, dont l’UFC-Que choisir et CLCV pour la France, ont demandé à la Commission européenne de lancer une enquête à l’échelle de l’UE sur la politique de facturation des bagages à main de sept compagnies aériennes à bas coût.
EasyJet, Norwegian, Ryanair, Transavia, Volotea, Vueling et Wizzair « facturent des frais indus aux consommateurs », accuse mercredi dans un communiqué la Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie (CLCV), partie prenante de cette initiative aux côtés de quinze autres ONG membres du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC).
« La Cour de justice de l’UE a (…) jugé en 2014 que +le transport de bagages à main ne peut pas être soumis à un supplément de prix, à condition qu’il réponde à des exigences raisonnables en termes de poids et de dimensions et qu’il soit conforme aux exigences de sécurité applicables+ », souligne l’association.
Pourtant, selon le collectif d’associations, ces sept compagnies imposent des frais pour des bagages à main de taille raisonnable mais qu’elles considèrent comme « de grande taille »: 36 euros pour Ryanair, près de 43 euros pour EasyJet, voire jusqu’à 280 euros pour Vueling s’il s’avère que les dimensions définies par la compagnie ne sont pas respectées.
En juin, la commission des transports du Parlement européen a adopté une proposition qui permettrait aux voyageurs d’emporter gratuitement en cabine un objet personnel, comme un sac à main ou un sac à dos, ainsi qu’un autre bagage de sept kilogrammes au maximum.
La mesure, qui s’appliquerait à tous les vols au départ ou à destination de l’Union européenne, a été adoptée dans le cadre d’un ensemble d’amendements aux règles relatives aux droits des passagers proposées par la Commission européenne.
L’association Airlines for Europe (A4E), représentant le secteur, a critiqué la proposition des eurodéputés, estimant qu’elle entraînerait une hausse des prix des billets pour les personnes voyageant léger.
Toujours en juin, la justice espagnole a suspendu les lourdes amendes infligées par le gouvernement de gauche aux compagnies low-cost Ryanair et Norwegian airlines, accusées de pratiques abusives, principalement dans la facturation des bagages à main. Ces sanctions, s’élevaient à 107,7 millions d’euros pour Ryanair et 1,6 million d’euro pour Norwegian.
Elles avaient été rendues publiques en novembre 2024 par le ministère espagnol de la Consommation, engagé depuis plusieurs mois dans un bras de fer contre ces opérateurs low-cost. Trois autres compagnies (Vueling, Easyjet et Volotea) avaient été ciblées mais leur recours n’a pas encore été examiné.
Outre la facturation des bagages, ces compagnies s’étaient vu reprocher le fait de facturer le choix du siège pour les voyageurs accompagnant des personnes dépendantes, mais aussi, dans le cas de Ryanair, le fait de faire payer l’impression de la carte d’embarquement aux passagers dans les aéroports.
La proposition de la commission des transports du Parlement européen concernant les bagages à main doit encore être soumise au vote de l’ensemble du Parlement. Elle reste donc sujette à modification car elle devra être approuvée par les États membres avant d’entrer en vigueur. Ce qui signifie que les passagers vont encore devoir attendre avant de ramener des bouteilles de vin ou d’huile d’olive dans leurs bagages à main sans frais supplémentaires.
Cet article est une Key Story d’ENR. Son contenu est basé sur les informations des agences participant à l’ENR.
