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« Nous avançons résolument vers une Europe de la défense forte et plus souveraine », a déclaré récemment le président du Conseil européen, António Costa, à l’issue d’un sommet de crise visant à donner le feu vert à un plan de réarmement face à la menace croissante d’une Russie revancharde.

« Nous joignons le geste à la parole », a souligné l’ancien Premier ministre portugais.

Une question urgente se pose cependant à l’Union : où dépenser cet argent ? Les milliards doivent-ils aller à l’Europe ou aux États-Unis ?

C’est quoi le plan ?

Les dirigeants européens, ébranlés par la perspective d’un désengagement des États-Unis de la sécurité du bloc et par l’affrontement entre le président Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche, ont soutenu un plan visant à renforcer les défenses et le soutien militaire à l’Ukraine, qui continue de résister à l’invasion russe.

Ce plan prévoit une augmentation spectaculaire des dépenses, mobilisant 800 milliards d’euros sur les quatre prochaines années, dont 150 milliards d’euros de prêts pour des projets d’armement levés par la Commission européenne sur les marchés de capitaux et garantis par le budget de l’UE, et autorisant des exemptions aux règles d’endettement pour les États membres en matière d’investissements dans la défense.

D’autres mesures visant à débloquer davantage d’argent incluent une réforme des fonds de cohésion de l’Union afin de supprimer les restrictions à leur utilisation pour la défense, un rôle pour la Banque européenne d’investissement (BEI) et la mobilisation de financements privés grâce à l’achèvement de l’union des marchés de capitaux.

Encore plus d’argent ?

L’initiative doit maintenant être mise en œuvre. Mais c’est généralement à ce moment-là que les véritables problèmes de l’UE apparaissent.

Plusieurs pays regrettent que le plan ne soit pas allé assez loin financièrement.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a déclaré qu’il fallait sérieusement envisager de nouveaux emprunts européens à plus grande échelle.

L’UE n’a eu recours à ce type d’emprunt, appelé « euro-obligations », qu’une seule fois auparavant, pendant la pandémie de coronavirus, pour atténuer les répercussions économiques. Cependant, des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche y restent fermement opposés.

Le nouveau gouvernement allemand a modifié le mois dernier les strictes limites de dépenses afin de libérer des centaines de milliards d’euros pour de nouveaux investissements dans la défense et les infrastructures.

Les Pays-Bas, réticents à l’endettement, ne suivront probablement pas cette voie, tandis que des pays très endettés comme l’Italie et la France pourraient ne pas en avoir la capacité budgétaire.

Acheter européen

L’autre point épineux est le principe « Achetez européen », fortement souhaité par Paris pour dynamiser l’industrie. Les fonds publics doivent être ainsi dépensés au sein de l’UE par des entreprises de défense européennes.

Ici aussi, des divisions apparaissent avec des États membres qui souhaiteraient une chaîne de valeur plus ouverte, peut-être même incluant les États-Unis, après avoir accédé au fonds de 150 milliards d’euros levé par la Commission.

L’initiative « Achetez européen » vise à encourager les actions conjointes, notamment sur les grands projets d’intérêt collectif tels que la défense aérienne, les missiles à longue portée, les avions cargos et les investissements cybernétiques ou spatiaux.

Selon ce principe les échanges d’armements entre les Vingt-Sept devront représenter au moins 35 % de la valeur de l’ensemble du marché continental d’ici 2030. Actuellement, cette part est de 15 %.

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a apporté son soutien à la démarche visant à réduire la dépendance de l’Europe à l’égard des États-Unis.

« Nous achetons beaucoup aux Américains actuellement, mais nous devons diversifier notre portefeuille afin de disposer des capacités nécessaires pour produire les munitions et les équipements dont nous avons besoin ici », a déclaré Mme Kallas lors d’une réunion informelle des ministres de la Défense de l’UE à Varsovie jeudi dernier.

La Suède est l’un des plus fervents partisans d’une coopération étroite en matière de défense avec les pays tiers, notamment en raison des liens étroits entre son industrie de défense et ses partenaires norvégiens et britanniques.

Par ailleurs, la Suède n’est pas opposée au principe « Acheter européen », car il profiterait également à ses grandes entreprises comme Saab, Bofors et Hägglunds.

« Il est étrange que 80 % des armes en Europe soient achetées aux États-Unis, alors que nous disposons d’une industrie de défense européenne performante », a déclaré le Premier ministre Ulf Kristersson en février.

Le secteur privé est également favorable à un meilleur développement du modèle industriel par le biais des politiques publiques. Francisco Sánchez Segura, vice-président exécutif d’Airbus, avait plaidé précédemment pour la promotion de la souveraineté de l’UE en identifiant les besoins technologiques les plus urgents du secteur de la défense.

Acheter européen ou acheter français ?

L’Allemagne, la France et la Pologne ont récemment annoncé leur intention de renforcer leurs forces armées.

Varsovie vise à consacrer environ 5 % de son PIB aux dépenses militaires l’année prochaine, contre 4,7 % en 2024. La Pologne souhaite également faciliter l’accès des entreprises extérieures à l’UE aux dépenses de l’Union, une position en contradiction avec celle de la France.

La France, dotée d’une industrie de défense bien développée, est le plus fervent défenseur du principe « Acheter européen » et milite depuis longtemps pour que l’Union développe sa capacité à agir indépendamment des États-Unis dans les affaires internationales.

Le président Emmanuel Macron a annoncé son intention d’augmenter les commandes d’avions de combat français Rafale, ajoutant que le pays devra se préparer à se défendre « si nous voulons éviter la guerre ».

Lors d’un déplacement sur la base militaire de Luxeuil-les-Bains, dans l’est du pays, Macron a déclaré que la France allait « augmenter et accélérer les commandes de Rafale », ajoutant que l’armée de l’air et de l’espace bénéficierait des avions de combat produits par Dassault Aviation.

La France s’apprête également à livrer plusieurs centaines de missiles sol-air Mistral au Danemark, a annoncé l’Élysée début avril.

Copenhague a sollicité le soutien européen ces derniers mois pour contrer les menaces de Trump de s’emparer du Groenland.

Des fraîcheurs scandinaves aux chaleurs méditerranéennes

Les marchés de l’industrie française de défense s’étendent des climats plus froids de l’UE aux chaudes eaux méditerranéennes.

La Grèce a récemment signé un accord de coopération militaire avec la France, commandant 24 avions de combat Rafale et trois frégates de défense et d’intervention (FDI) de classe Belharra pour un montant total de plus de 5,5 milliards d’euros. Trois autres frégates pourraient être construites dans des chantiers navals grecs dans le cadre d’une nouvelle proposition, selon une source du Naval Group français.

Athènes a traditionnellement investi au moins 2 % de son produit intérieur brut (PIB) dans sa défense – l’objectif de dépenses de l’OTAN – en raison de décennies de tensions avec son rival régional, la Turquie. La Grèce, acheteur assidu d’équipements militaires européens, notamment français et allemands, prévoit d’investir 25 milliards d’euros dans la défense au cours des 12 prochaines années.

Proche des zones de conflit du Moyen-Orient, la Grèce cherche également à renforcer sa position à la frontière orientale de l’UE en Méditerranée.

Les médias grecs suggèrent que le gouvernement est en négociations avec Israël pour l’acquisition du dôme défensif, ce qui comprend également le renforcement des systèmes anti-drones. La France, l’Italie et la Norvège ont également été citées comme fournisseurs potentiels de ces nouvelles armes, qui comprennent des drones marins, des drones volants et des radars.

Athènes a également signé un accord pour l’acquisition de 20 avions de combat F-35 de fabrication américaine.

Achats pragmatiques de la Croatie et de la Bulgarie

Plus au nord, les dirigeants croates ont fait preuve du même pragmatisme, achetant des armes et des équipements auprès de fabricants européens et américains.

Avant même l’élection de Trump, Zagreb avait commandé huit systèmes de roquettes d’artillerie à haute mobilité M142 (HIMARS) au constructeur américain Lockheed Martin.

En 2021, la Croatie a signé un contrat pour l’achat de 12 avions de combat polyvalents Rafale d’occasion produits par le groupe français Dassault Aviation. Ce contrat portait sur les systèmes d’armes, les pièces détachées, la logistique et la formation.

Cette acquisition a permis de remplacer ses chasseurs MiG-21 obsolètes de conception soviétique.

La Croatie a également décidé d’acquérir 89 véhicules de combat d’infanterie Bradley M2A2 d’occasion auprès des États-Unis. L’année dernière, elle a commandé huit hélicoptères UH-60M Black Hawk.

Zagreb a également acquis des systèmes de défense aérienne français, dont celui à courte portée MBDA Mistral 3, et finalise actuellement l’achat de 30 obusiers automoteurs français CAESAR de 155 mm.

Ces dernières années, dans le cadre de son vaste programme de modernisation de ses forces armées pour les mettre en conformité avec les normes de l’OTAN et d’augmentation des dépenses de défense, la Bulgarie s’est tournée vers les fabricants européens et américains.

Sofia a commandé la conception et la construction de deux patrouilleurs modulaires polyvalents avec l’entreprise allemande Fr. Lurssen Werft GmbH & Co.kG. Le coût du projet s’élève à environ 503 millions d’euros.

Afin de moderniser son armée de l’air, la Bulgarie a choisi des avions de combat multirôles F-16 Block 70 fabriqués par Lockheed Martin. Elle recevra 16 appareils pour un montant total de 3 milliards de dollars.

La Bulgarie a également signé un contrat pour la fourniture de 183 véhicules Stryker et d’équipements connexes, pour un montant estimé à 1,5 milliard de dollars. 170 millions de dollars supplémentaires seront consacrés à l’achat de munitions. Les premières livraisons sont attendues au troisième trimestre 2025.

Sur un ton différent

En Slovaquie, le débat sur la défense est d’un autre ordre. Le député européen Ľudovít Ódor, ancien Premier ministre et membre du parti d’opposition Slovaquie progressiste, est favorable à une augmentation des dépenses européennes en matière de défense.

Il estime toutefois prématuré de parler d’un pourcentage précis. « Toutes les dépenses aux niveaux européen et national doivent s’appuyer sur une stratégie commune permettant de trouver des synergies. Définissons-les d’abord, puis nous pourrons discuter de pourcentages précis », a-t-il déclaré.

En revanche, l’eurodéputé indépendant Branislav Ondruš, qui vote avec l’actuel gouvernement slovaque populiste et prorusse, juge insensé le plan de la Commission.

Ondruš estime qu’une augmentation des dépenses d’armement ne renforcera pas la sécurité de l’Europe. « Je suis d’accord avec la nécessité de renforcer la sécurité de l’Europe, mais nous devons le faire différemment ; les armements n’ont jamais apporté plus de sécurité », a-t-il déclaré, sans expliquer comment il envisageait de rendre l’Europe plus sûre sans armement.

Cet article est publié deux fois par semaine. Son contenu est basé sur les informations des agences participant à l’ENR