La Chine refuse d’être désignée comme le propagateur mondial du COVID-19. Pourtant, comme il y a trois ans, le manque de transparence des données fournies par Pékin sur les taux de contamination de la population chinoise a poussé plusieurs pays à prendre des mesures de précaution et à exiger des tests de dépistage du coronavirus pour les voyageurs en provenance de Chine.
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a exprimé sa compréhension pour les pays imposant un test obligatoire aux personnes arrivant de Chine. Une mesure que Pékin, qui craint un isolement international, a qualifiée de « non scientifique » et de « déraisonnable ». Même si, il y a quelques semaines encore, les voyageurs entrant en Chine étaient eux-mêmes soumis à une quarantaine, la Chine menace de prendre des « contre-mesures ».
Après une réunion d’experts de la santé des États membres à Bruxelles, les pays de l’UE, sans s’accorder sur une obligation de test pour les voyageurs, ont émis une recommandation claire. Les experts ont également conseillé aux passagers des vols en provenance de Chine de porter soit un masque médical, soit un masque FFP2 (N95) dans l’avion. Ces mesures seront réexaminées au milieu du mois.
Les pays insistent pour que des mesures soient prises
Le 28 décembre, l’Italie a été le premier pays d’Europe à imposer des tests obligatoires pour les personnes arrivant de Chine, en raison de la vague d’infections. Depuis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France, la Corée du Sud et les États-Unis lui ont emboîté le pas et ont adopté des règles sanitaires plus strictes pour les voyageurs en provenance de Chine. Le ministre allemand de la Santé, Karl Lauterbach, a déclaré jeudi que les règles d’entrée seraient modifiées à court terme et que les voyageurs en provenance de Chine devraient à l’avenir présenter au moins un test antigénique négatif à leur entrée en Allemagne.
La Belgique et la Suède ont également déclaré jeudi qu’elles introduiraient des tests obligatoires pour les personnes arrivant de Chine. L’Autriche a annoncé qu’elle ferait de même à partir de la semaine prochaine pour tous les vols en provenance de Chine.
La Slovénie, bien qu’elle n’ait pas de liaison aérienne directe avec la Chine, soutient une action coordonnée des membres de l’UE en réponse à l’entrée dans l’Union de passagers en provenance de Chine. « La Slovénie ne fera rien en solo, nous serons solidaires de l’Europe et suivrons la réaction de la majorité des pays européens », a déclaré mercredi le ministre slovène de la Santé, Danijel Bešič Loredan. Les masques dans les avions sont certes recommandés, mais pas obligatoires.
La Bulgarie, en revanche, estime qu’aucune mesure n’est nécessaire à l’heure actuelle pour les voyageurs en provenance de Chine. Il n’existe pas de vols directs entre la Bulgarie et la Chine. Pour les voyageurs en provenance et à destination de la Chine, la Bulgarie recommande, outre la vaccination, le port du masque.
La Roumanie, sa voisine, adopte une approche similaire. Le ministre de la Santé, Alexandru Rafila, a déclaré que la plupart des infections étaient bénignes et que les variants circulant en Europe étaient similaires à ceux observés en Chine. « Je ne pense pas que nous reviendrons à la situation des années précédentes, même si le nombre de cas augmente de manière significative : les nouvelles formes de la maladie, y compris les variants qui circulent actuellement en Chine, ne sont pas aussi graves, ils ne présentent pas le même risque en termes d’hospitalisation que les formes plus anciennes. »
Aux Pays-Bas, il n’existe pas encore de tests obligatoires pour les personnes arrivant de Chine. La compagnie aérienne néerlandaise KLM introduit toutefois des mesures supplémentaires de protection contre les coronavirus sur ses vols en provenance de Chine. Selon un rapport de l’agence de presse ANP, KLM a fait savoir à Amsterdam que ses membres d’équipage porteront des masques FFP2 et des lunettes de protection. Le contact direct avec les passagers pendant le service à bord sera réduit. Les syndicats avaient exprimé une grande inquiétude pour la sécurité des employés de KLM, causée par la forte vague d’infections en Chine.
Nouveaux variants ?
L’OMS continue de faire pression pour obtenir davantage d’informations de la part des autorités chinoises. Le chef de l’OMS, M. Tedros, a déclaré que le variant XBB.1.5 du coronavirus, découvert en octobre et plus facilement transmissible que tous les variants connus à ce jour, était une source de préoccupation mondiale.
Un porte-parole du ministère allemand de la Santé a déclaré mercredi : « Nous sommes surtout intéressés par la mise en place d’un système de surveillance des variants du virus. » Les variants du coronavirus connus en Chine jusqu’à présent sont encore ceux qui circulent en Allemagne. « Mais nous voulons bien sûr être informés à temps de tout changement », a-t-il ajouté. Selon le porte-parole, les tests des eaux usées dans les aéroports constituent une question à régler. Ils existent déjà à l’aéroport de Francfort et pourraient être étendus, par exemple en analysant les eaux usées de certains avions.
Cependant, l’épidémiologiste allemand Klaus Stöhr a déclaré que tester les voyageurs en provenance de Chine n’était pas un moyen efficace d’endiguer les nouveaux variants du virus, dont on craint qu’ils se propagent sans être détectés. « La surveillance n’est pas une mauvaise idée, elle est certainement intéressante d’un point de vue scientifique, mais d’un point de vue purement pratique, nous devrions surtout observer la manière dont ce variant se comporte au sein de la population », a déclaré Stöhr, ancien directeur du programme de lutte contre la grippe de l’OMS.
« Tout cela prend un certain temps, durant lequel le variant aura déjà passé les frontières. Même les tests ne peuvent pas empêcher cela », a ajouté Stöhr. Il a précisé qu’un test ne permettait pas de détecter toutes les personnes infectées. L’Association du transport aérien international (IATA) a critiqué le fait que plusieurs pays exigent déjà des tests COVID négatifs pour les voyageurs arrivant de Chine.
« Il est extrêmement décevant que ces mesures, qui se sont révélées inefficaces au cours des trois dernières années, soient réintroduites par réflexe », a déclaré le directeur général de l’IATA, Willie Walsh, à Genève. Selon des études scientifiques, de telles mesures ne retarderaient au mieux que de quelques jours la propagation des variants du coronavirus.
Cette rubrique paraît le vendredi. Le contenu est basé sur les informations des agences participant à l’enr.
