Une trentaine de paramilitaires serbes du Kosovo ont attaqué une patrouille de police kosovare dans le village de Banjska, dans le Nord du Kosovo, le 24 septembre. Ils se sont ensuite retranchés dans un monastère orthodoxe proche de la frontière nord avec la Serbie, et des tirs ont été échangés pendant plusieurs heures. Un policier kosovar et trois assaillants ont été tués pendant l’attaque.
L’assassinat du policier a fait remonter à la surface des années de méfiance et d’amertume. Volée de bois vert entre Belgrade et Pristina, journées de deuil concurrentes et demandes de sanctions ont encore aggravé des relations déjà en piètre état.
Le gouvernement du Kosovo a accusé Belgrade d’être à l’origine de l’ensemble de l’opération. Le Premier ministre Albin Kurti a écrit que les armes et l’équipement utilisés lors de l’attaque « ont été fabriqués par des producteurs d’armement publics serbes ». Belgrade le nie et accuse Pristina de discrimination à l’encontre de la population serbe du Kosovo.
Le Kosovo, ancienne province serbe aujourd’hui peuplée presque exclusivement d’Albanais, s’est séparé de la Serbie en 1999 avec l’aide de l’OTAN et a déclaré son indépendance en 2008. À ce jour, la Serbie et cinq États membres de l’UE – la Roumanie, la Slovaquie, Chypre, l’Espagne et la Grèce – ne reconnaissent toujours pas la souveraineté du Kosovo.
L’UE, soutenue par les États-Unis, s’engage comme médiatrice et tente de normaliser les relations entre les deux parties qui se sont détériorées depuis l’année dernière.
L’OTAN envoie des troupes supplémentaires pour renforcer sa présence au Kosovo.
En réponse à cette attaque meurtrière, l’OTAN a envoyé des troupes supplémentaires au Kosovo. L’Alliance nord-atlantique et le ministère de la Défense de Londres ont annoncé le 6 octobre que 200 soldats britanniques étaient arrivés à Pristina pour renforcer la mission de paix de l’OTAN, la KFOR. Ils rejoignent le contingent britannique de 400 personnes déjà en place au Kosovo dans le cadre d’un exercice annuel.
En outre, la Roumanie a annoncé l’envoi d’une centaine de soldats dans le cadre de la réserve stratégique mise à la disposition du Commandant suprême des forces alliées en Europoe (SACEUR), rapporte le ministère de la Défense.
Le ministère allemand de la Défense a fait savoir qu’une compagnie de 155 soldats supplémentaires serait envoyée au Kosovo pour un an à partir d’avril 2024. Cette augmentation aurait toutefois été décidée indépendamment des récents incidents dans la région. La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré vendredi que « la situation est si tendue que l’OTAN a augmenté le déploiement de la KFOR, sa mission au Kosovo, qui compte actuellement environ 4 500 soldats ».
La Serbie déploie des militaires à la frontière du Kosovo puis les retire.
Entre-temps, les États-Unis ont mis en garde contre « un important déploiement militaire serbe le long de la frontière avec le Kosovo » et ont demandé « à la Serbie de retirer ces forces de la frontière ». Cette opération « comprenait un déploiement sans précédent d’artillerie avancée, de chars et d’unités d’infanterie mécanisées serbes. À nos yeux, il s’agit d’un développement très déstabilisant », a déclaré aux journalistes le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Kirby.
À la suite de cette mise en garde, la Maison-Blanche a précisé que Belgrade avait commencé à retirer ses troupes de la frontière.
Bilčík, négociateur de l’UE : « La déstabilisation des Balkans convient à la Russie de Poutine. »
Le négociateur du Parlement européen pour la Serbie, Vladimír Bilčík, a déclaré que la situation sur le terrain dégénérait gravement et que le Kosovo n’avait pas connu une telle violence au cours des dix dernières années.
« Les deux parties ont la grande responsabilité de revenir au dialogue », a déclaré Bilčík. Il a ajouté que le dialogue était devenu plus difficile depuis l’arrivée de Kurti au poste de Premier ministre du Kosovo. « Nous devons savoir exactement ce qui s’est passé, nous avons besoin de faits objectifs. La déstabilisation des Balkans convient bien à la Russie de Poutine. La seule solution est de revenir à la table des négociations et au dialogue », a souligné Bilčík.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a affirmé dans une déclaration citée par l’agence Ria Novosti que la violence au Kosovo était « la conséquence directe et immédiate » du souhait du Premier ministre Kurti de « provoquer un conflit et d’éliminer les Serbes du territoire de cette région ». Zakharova a ajouté que l’insistance de Kurti sur une reconnaissance « conduisait toute la région des Balkans vers un dangereux précipice ». La Russie ne reconnaît pas l’indépendance du Kosovo.
La Bosnie-Herzégovine craint une extension de la crise du Kosovo.
Les tensions font craindre à la Bosnie-Herzégovine (BiH) qu’un conflit majeur ne s’étende au pays. Dès le mois de juin, le sous-secrétaire d’État adjoint américain pour les Balkans, Gabriel Escobar, signalait au Conseil de l’Atlantique que « si une désescalade immédiate n’était pas mise en place, la crise du Kosovo risquait de se transformer en conflit régional ».
Le président de la République serbe de Bosnie (RS), Milorad Dodik, a souligné en juillet son soutien à la « province serbe du Sud » et a accusé la communauté internationale d’enlever le Kosovo à la Serbie. Dodik a déclaré : « La République serbe est prête à se battre pour le Kosovo aux côtés de la Serbie. »
Le statut du Kosovo est une des questions de politique étrangère faisant l’objet de disputes entre les trois groupes ethniques de Bosnie-Herzégovine. Les Serbes bosniaques soutiennent pleinement les positions de Belgrade, tandis que les Bosniaques et les Croates estiment majoritairement que le Kosovo est de facto un État indépendant.
Le Kosovo appelle à des sanctions contre la Serbie.

Lors de la réunion de la Communauté politique européenne à Grenade le 5 octobre, la présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, a appelé les chefs d’État et de gouvernement à prendre des sanctions contre la Serbie, considérant que l’attentat meurtrier avait été orchestré par Belgrade. Dans une interview accordée à EFE, elle a déclaré : « Il est très clair que [le président serbe] Aleksandar Vučić et la Serbie agissent comme des représentants de Poutine dans notre région et qu’ils veulent ramener l’Europe aux sombres années 1990. »
À Grenade, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a rejeté la demande de sanctions du Kosovo, la qualifiant de « ridicule et impossible ». Pour l’imposition de sanctions par l’UE, l’unanimité est requise. Peter Stano, le porte-parole du Haut Représentant de l’UE Josep Borrell, a précisé que l’Union européenne « déciderait des prochaines étapes dès qu’elle disposerait d’informations claires sur l’attaque ».
Le Premier ministre albanais Edi Rama a suggéré que des mesures contre Belgrade « auraient dû être prises immédiatement », en particulier celles que la Commission européenne peut imposer « sans nécessiter de consensus entre les pays membres ». Le simple fait que la Serbie ait décrété un jour de deuil national pour les Serbes du Kosovo armés tués dans la fusillade est « inacceptable et doit être sanctionné à tous les niveaux », a ajouté Rama.
L’UE appelle le Kosovo et la Serbie à réduire les tensions et à renouer le dialogue.
Suite à l’attentat, le commissaire européen à l’élargissement Olivér Várhelyi, en visite dans la capitale albanaise Tirana le 6 octobre, a appelé le Kosovo et la Serbie à réduire les tensions et à revenir au dialogue.
Várhelyi et Baerbock ont participé à une réunion ministérielle des pays des Balkans occidentaux dans le cadre du processus de Berlin, une initiative lancée par l’Allemagne en 2014 afin de promouvoir la coopération dans la région et son adhésion à l’Union européenne.
Le commissaire a demandé que les auteurs de l’attentat, dont la plupart ont fui en Serbie, soient traduits en justice, et a exigé de la Justice serbe une coopération totale et inconditionnelle.
Libération du chef de commando présumé
Entre-temps, le 4 octobre, un tribunal de Belgrade a ordonné la libération conditionnelle de Milan Radoičić, le chef présumé des paramilitaires impliqués dans l’attentat.
Radoičić lui-même a déclaré qu’il avait créé le groupe armé à l’insu de la Serbie. Il a toutefois nié les accusations portées contre lui, notamment celles d’« association de malfaiteurs », d’atteintes à la sécurité publique et de transport et stockage d’armes et de munitions au Kosovo. Il doit se présenter aux autorités deux fois par mois. Radoičić, 45 ans, est un homme d’affaires et un ancien homme de pouvoir serbe du Kosovo très influent.
Entre janvier et le jour de l’attaque, Radoičić s’est procuré les armes en Bosnie-Herzégovine voisine et les a transportées et stockées dans des « lieux non spécifiés » au Kosovo, a déclaré le tribunal dans un communiqué.
Depuis, la présidente du Kosovo, Osmani, a déclaré que son pays voulait que Radoičić et d’autres terroristes soient livrés à la République du Kosovo afin que justice soit réellement rendue.
Cet article est publié hebdomadaire. Le contenu est basé sur des nouvelles des agences participantes au sein de la enr.
