Alors que l’Union européenne (UE) vient d’interdire la vente de voitures neuves à moteur thermique (essence, diesel et hybride) à l’horizon 2035, des internautes prétendent, à l’appui d’une carte du monde largement relayée sur les réseaux sociaux, que seuls l’UE et l’État américain de Californie appliqueraient cette mesure dès le milieu de la prochaine décennie pour atteindre les objectifs de neutralité carbone. Partout ailleurs, les véhicules à essence ou au diesel resteraient autorisés. Mais est-ce bien vrai ?
Évaluation
Cette carte est incomplète. Plusieurs autres États et régions du monde, comme le Royaume-Uni, Singapour, Israël ou encore le Chili, ont annoncé des objectifs similaires. Les véhicules thermiques pourraient par ailleurs encore rouler dans l’Union européenne après 2035 à condition qu’ils fonctionnent aux carburants de synthèse.
Faits
La carte en question circule sur les réseaux sociaux depuis fin février 2023. On la retrouve à chaque fois associée à des commentaires semblables en plusieurs langues (français, allemand, italien ou encore polonais). Ceux-ci affirment – à tort – que seules l’UE et la Californie interdiraient la vente de nouveaux véhicules thermiques en 2035.
En réalité, cette carte vient de la banque d’images Adobe Stock. L’illustration originale montre en bleu le bloc des 27, surmonté du drapeau européen, tandis que le reste du monde apparaît en gris. Dans la version partagée sur les réseaux sociaux, le drapeau européen a disparu et la Californie a été ajoutée dans un bleu légèrement différent de celui des pays de l’UE.
Un accord dans l’UE et en Californie
Le 28 mars, l’Union européenne a définitivement validé l’interdiction des moteurs thermiques dans les véhicules neufs à l’horizon 2035. Cette mesure – centrale dans le plan climat européen – avait déjà été approuvée par les eurodéputés mi-février, après le feu vert des États membres.
Mais lors de l’ultime étape du processus législatif, qui devait être une formalité, l’Allemagne a recalé le texte. Avec ses alliés italiens et polonais, Berlin a convaincu l’Union européenne d’accorder une exception aux véhicules neufs à moteurs thermiques fonctionnant aux carburants de synthèse. Cette technologie, encore en développement, consisterait à produire du carburant à partir d’émissions de CO2 issues du secteur industriel.
La Commission européenne s’est dès lors engagée à faire une proposition en ce sens – séparée du texte initial – dont la validation est attendue d’ici l’automne 2024. Elle acterait la prolongation des moteurs thermiques aux carburants de synthèse au-delà de 2035.
De son côté, la Californie avait déjà annoncé interdire la vente de moteurs thermiques dans les voitures neuves à partir de 2035.
Mais cela ne signifie en aucun cas que l’Union européenne et l’État de la Côte ouest américaine sont les seuls à légiférer en la matière.
Des objectifs similaires dans de nombreux pays du monde
Plusieurs États et régions à travers le monde ont déjà annoncé leur intention de mettre un coup de frein aux moteurs roulant à l’essence ou au diesel.
Parmi les précurseurs, la Norvège (qui ne fait pas partie de l’UE) se montre la plus ambitieuse. Le pays scandinave vise à ce que toutes les voitures neuves soient « zéro émission », à savoir électriques ou propulsées à l’hydrogène, à l’horizon 2025.
Toujours au nord, l’Islande n’acceptera plus aucune nouvelle immatriculation de véhicules thermiques à partir de 2030.
Singapour et Israël visent la même échéance.
Le Royaume-Uni entend, quant à lui, interdire les voitures 100% thermiques dès 2030 et hybrides d’ici 2035.
Outre-Atlantique, le Canada exigera, lui aussi, que les nouveaux véhicules vendus soient « zéro émission » d’ici 2035, devançant ainsi l’objectif précédent fixé à 2040.
Dans l’hémisphère sud, le Chili a également annoncé mettre fin aux ventes de véhicules à moteur thermique à l’horizon 2035.
À ces pays qui ont déjà fait part de leur échéancier (dont la liste ci-dessus n’est pas exhaustive), s’en ajouteront encore d’autres. Des discussions en ce sens ont notamment lieu dans plusieurs États américains, au Japon ou encore en Chine.
Une déclaration signée à la COP26
Lors de la COP26 sur le climat à Glasgow, une coalition d’une trentaine d’États et de constructeurs automobiles se sont engagés à ce que les véhicules neufs (voitures et fourgonnettes) mis sur le marché soient tous « zéro émission » d’ici 2040, et au plus tard en 2035 sur les principaux marchés.
Cette déclaration, non contraignante, a été signée par des pays développés (comme le Canada, le Danemark, le Grand-Duché de Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, le Royaume-Uni…), mais aussi par quelques pays en voie de développement, dont l’Inde et la Turquie, peut-on lire ici et ici.
Liens
Carte du monde partagée sur Facebook (version archivée)
Publication en français (version archivée)
Publication en allemand (version archivée)
Publication en italien (version archivée)
Publication en polonais (version archivée)
Illustration originale sur Adobe Stock (version archivée)
À propos du revirement de l’Allemagne (version archivée)
Accord entre la Commission et l’Allemagne – tweet de Frans Timmermans (version archivée)
À propos des carburants de synthèse I et II (versions archivées I et II )
Une proposition attendue en 2024 (version archivée)
À propos de la Californie (version archivée)
À propos de la Norvège (version archivée)
À propos de l’Islande (version archivée)
À propos de Singapour (version archivée)
À propos d’Israël (version archivée)
À propos du Royaume-Uni (version archivée)
À propos du Canada (version archivée)
À propos du Chili (version archivée)
À propos des États-Unis (version archivée)
À propos du Japon (version archivée)
À propos de la Chine (version archivée)
Déclaration de Glasgow (version archivée)
Sur la déclaration de Glasgow – 1 (version archivée)
Sur la déclaration de Glasgow – 2 (version archivée)
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