L’UE tente de réaffirmer ses positions sur la question de l’aide au peuple palestinien. Les points suivants font l’objet d’un consensus : le soutien à l’Autorité nationale palestinienne doit être maintenu, Israël doit se défendre mais aussi respecter le droit international.
Samedi 7 octobre, des militants du Hamas ont pris d’assaut la frontière israélienne autour de l’enclave de Gaza et attaqué des cibles civiles et militaires, faisant plus de 1 200 morts jusqu’à mercredi. Israël a répliqué par des tirs d’artillerie et des raids aériens. Les autorités de la bande de Gaza estiment que plus de 2670 victimes palestiniennes sont à déplorer après cinq jours de violents combats.
Lundi 9 octobre au soir, a présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dû relativiser les annonces concernant le gel des paiements d’aide au développement. Contrairement à l’annonce initiale faite le même jour par le commissaire Olivér Várhelyi selon laquelle tous les paiements seraient immédiatement suspendus, la Commission a corrigé le tir et annoncé qu’elle réexaminerait les versements d’aide aux Palestiniens.
L’UE prévoit de soutenir le peuple palestinien à hauteur de 1,18 milliard d’euros pour la période 2021-2024, annonce un communiqué de presse.
Des représentants de la Commission ont déclaré qu’il avait été convenu de ne pas verser de fonds tant qu’une révision de l’aide n’aurait pas été effectuée. « Notre soutien humanitaire au peuple palestinien n’est pas remis en question. Cependant, il est important que nous examinions soigneusement notre soutien financier à la Palestine, a déclaré von der Leyen. Les fonds de l’UE n’ont jamais été et ne seront jamais versés au Hamas ou à d’autres organisations terroristes. »
Les États-Unis, l’UE et Israël considèrent le Hamas comme une organisation terroriste. Aucun paiement n’était prévu pour le moment et cette révision ne concerne pas l’aide humanitaire aux Palestiniens, a indiqué la Commission dans un communiqué de presse.
Mercredi, von der Leyen a déclaré que le meurtre de civils israéliens par le Hamas était un acte de guerre commis de sang-froid et qu’il reflétait un « mal ancestral ». Elle a affirmé : « Nous devons définir clairement ce type d’horreur. Et il ne peut entraîner qu’une seule réponse. L’Europe se tient aux côtés d’Israël, et nous soutenons pleinement le droit d’Israël à se défendre. »
« Notre soutien humanitaire au peuple palestinien n’est pas remis en question. Néanmoins, il est important que nous examinions soigneusement notre soutien financier à la Palestine. Les fonds de l’UE n’ont jamais été et ne seront jamais versés au Hamas ou à d’autres organisations terroristes »,
a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.
La majorité des pays de l’UE sont opposés au gel de l’aide à la population palestinienne.
Les représentants des 27 pays de l’UE ont tenu mardi 10 octobre des discussions d’urgence après l’attaque surprise du Hamas et le bombardement israélien effectué en représailles sur la bande de Gaza. Lors des consultations informelles des ministres des Affaires étrangères de l’UE, une écrasante majorité des pays de l’UE a rejeté une proposition de gel des paiements à l’Autorité nationale palestinienne, a déclaré le représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell.
« Tous les Palestiniens ne sont pas des terroristes », a déclaré Borrell après des entretiens avec les ministres des Affaires étrangères de l’UE à Oman et par vidéoconférence. « Une punition collective de tous les Palestiniens serait injuste et improductive. Elle serait contraire à nos intérêts et à l’intérêt de la paix. »
La France n’est « pas favorable à la suspension de l’aide bénéficiant directement au peuple palestinien », a déclaré le ministère français des Affaires étrangères. L’année dernière, la France a fourni une aide de 95 millions d’euros aux Palestiniens.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a critiqué la réaction initiale du commissaire Olivér Várhelyi. Il a également regretté la révision de l’aide de l’UE, car elle semble sous-entendre que l’UE financerait « depuis des années » une organisation terroriste. Il a souligné qu’il « n’existe aucune preuve que ces fonds n’aient pas été utilisés aux fins auxquelles ils étaient destinés ».
Mardi 10 octobre, la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock a appelé à la poursuite de l’aide humanitaire aux territoires palestiniens, un jour après que Berlin a déclaré suspendre son aide au développement. Elle a demandé à l’Autorité nationale palestinienne de se distancer « de ce terrorisme » après l’attaque du Hamas contre Israël, ajoutant que [ces actes] « sont injustifiables. En tant qu’Autorité nationale palestinienne, vous avez une obligation, y compris envers votre propre peuple ». Le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré jeudi que toute l’aide au développement des territoires palestiniens serait passée au crible.
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a déclaré que la révision était une conséquence de cette nouvelle situation et qu’il ne devait « pas y avoir d’abus de ces fonds ».
Les États-Unis ont déclaré mardi 10 octobre saluer le soutien de l’UE à la poursuite de l’aide au développement pour le peuple palestinien. « Ils sont revenus sur cette décision (de suspension), une mesure que nous saluons. Nous avons été très clairs sur le fait que nous n’avons aucune rancune envers le peuple palestinien », a déclaré aux journalistes le porte-parole du département d’État américain, Matthew Miller.
« Tous les Palestiniens ne sont pas des terroristes. Une punition collective de tous les Palestiniens serait injuste et improductive. Elle serait contraire à nos intérêts et à l’intérêt de la paix », a déclaré Josep Borrell, représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.
L’UE s’oppose à un siège total de la bande de Gaza, déclare Borrell
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont demandé à Israël de ne pas interrompre l’approvisionnement en eau, en nourriture et en électricité de la bande de Gaza, et ont appelé à la mise en place de corridors humanitaires pour ceux qui tentent de fuir le territoire, a déclaré le chef de la politique étrangère de l’UE. Les ministres européens ont insisté sur la nécessité de « respecter le droit humanitaire international », a déclaré Josep Borrell.
« Israël a le droit de se défendre, mais cela doit se faire dans le respect du droit international, du droit humanitaire, et certaines décisions sont en contradiction avec ce droit international », a déclaré Borrell à des journalistes à Mascate, la capitale d’Oman. Il a déclaré que la réunion de l’UE avait appelé à la création de « corridors humanitaires » pour faciliter le passage de la frontière égyptienne aux personnes fuyant les bombardements de la bande de Gaza.
Borrell avait également invité le ministre israélien des Affaires étrangères Eli Cohen et son homologue palestinien Riyad al-Maliki à une réunion d’urgence de hauts diplomates, mardi 10 octobre. Plus tard, Borrell a déclaré que ni le ministre israélien des Affaires étrangères ni son homologue palestinien n’avaient répondu à l’invitation de participer à la réunion de l’UE.

L’UE et les pays arabes du Golfe discutent de l’impact régional
Mardi 10 octobre, l’Union européenne et le Conseil de coopération du Golfe ont appelé au maintien de l’aide aux territoires palestiniens après avoir craint qu’elle ne soit supprimée suite à l’attaque du Hamas contre Israël. Le Conseil de coopération du Golfe est une union régionale intergouvernementale, politique et économique, dont font partie Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Les ministres des Affaires étrangères des deux blocs se sont rencontrés à Mascate.
La crainte d’un embrasement régional s’est accrue face à l’anticipation d’une attaque terrestre israélienne imminente sur la bande de Gaza, l’enclave surpeuplée d’où le Hamas a lancé samedi 7 octobre son attaque terrestre, aérienne et maritime.
« Ils ont souligné l’importance d’un soutien financier durable à l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) », selon une déclaration commune lue par Borrell.
Mardi, le gouvernement slovène a décidé d’allouer 150 000 euros à l’UNRWA cette année. L’urgence humanitaire justifie d’autant plus ces fonds supplémentaires, a indiqué le communiqué de presse, ajoutant que les contributions slovènes à l’UNRWA se situent normalement entre 50 000 et 150 000 euros par an.
Efforts de désescalade à venir
Le chef du gouvernement irlandais, Leo Varadkar, a entre-temps signalé que le soutien international à Israël pourrait s’affaiblir si le pays allait trop loin dans sa réaction contre le Hamas. « D’un point de vue irlandais, nous disons à Israël : « Oui, vous avez le droit de vous défendre (…), mais toute réaction doit être proportionnée » », a déclaré Varadkar, ajoutant qu’il existait « un risque que des violences éclatent en Cisjordanie, au Liban et ailleurs ».
Le Premier ministre bulgare Nikolai Denkov a déclaré qu’il s’agissait ici d’une manière de détourner l’attention du monde de l’agression de l’Ukraine par la Russie et d’une tentative d’étendre ces tensions à de plus grandes parties du monde. Il a ajouté que l’issue de cette crise déterminerait « ce qui se passera dans le monde au cours des prochaines décennies ».
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a souligné que l’Italie était prête à contribuer à « la désescalade entre les parties et à empêcher une extension du conflit ». Tajani va se rendre en Égypte, qui joue souvent le rôle de médiateur entre Israël et les Palestiniens.
Mercredi, 22 ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe réunis au Caire ont appelé à un arrêt immédiat des attaques israéliennes contre Gaza. La déclaration finale a indiqué qu’il était nécessaire de relancer le processus de paix et « d’entamer des négociations sérieuses entre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), en tant que représentante unique et légitime des Palestiniens, et Israël, afin de parvenir à une paix juste et globale ».
Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken était de retour en Israël lundi, dans le cadre de sa tournée de crise au Moyen-Orient après l’attaque sanglante du Hamas le 7 octobre en Israël ayant provoqué une nouvelle guerre. M. Blinken, qui s’est notamment rendu ces derniers jours en Arabie saoudite, en Égypte et au Qatar, est arrivé à Tel-Aviv et doit rencontrer le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Jérusalem.
Cet article est publié hebdomadaire. Le contenu est basé sur des nouvelles des agences participantes au sein de la enr.
