Les nouvelles de noyades en Méditerranée, de bateaux de sauvetage immobilisés et du traitement inhumain des migrants, comme récemment en Grèce, font les grands titres des médias et sont au cœur des critiques de la société civile, des ONG et des politiques.
Une intervention européenne est nécessaire pour éviter que la détérioration de la situation internationale ne pousse de plus en plus de migrants et de réfugiés vers l’Europe, a déclaré le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères italien Antonio Tajani. Le nombre de migrants irréguliers arrivés dans l’Union européenne au cours des derniers mois a considérablement augmenté, doublant dans plusieurs pays du Sud de l’Europe, a-t-il ajouté.
« La situation internationale se détériore et pousse les gens à quitter l’Afrique pour rejoindre l’Europe par la route des Balkans et de la Méditerranée », a déclaré Tajani le 27 août. « Nous nous efforçons de maîtriser la situation, mais l’UE doit agir. » La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, avait déclaré l’état d’urgence dans tout le pays en avril.
La situation internationale se détériore et pousse les gens à quitter l’Afrique pour rejoindre l’Europe par la route des Balkans et de la Méditerranée.
Antonio Tajani, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères italien
Un porte-parole de la Commission européenne a affirmé en août que la Commission était « consciente de cette augmentation » et qu’elle travaillait avec les autorités italiennes pour désengorger le hot spot de Lampedusa. De plus, « les agences de l’UE Frontex, l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA) et Europol ont déployé 450 personnes en Italie ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé à davantage de concertation avec les pays partenaires extérieurs au bloc pour contrôler l’immigration. « Nous devons coopérer plus étroitement avec les pays d’origine et les pays de transit », a-t-elle déclaré en juillet.
L’Europe doit investir davantage dans la stabilisation de l’économie des pays d’Afrique du Nord « et collaborer avec eux de manière plus déterminée contre le crime organisé des passeurs et des trafiquants d’êtres humains », a-t-elle ajouté.
Un migrant irrégulier sur deux passe par la route centrale de la Méditerranée
La route centrale de la Méditerranée reste le trajet le plus emprunté par les migrants au cours des sept premiers mois de 2023. Ceux qui le suivent embarquent souvent en Afrique du Nord ou en Turquie et traversent la Méditerranée pour atteindre l’Italie. 89 047 tentatives d’entrée ont été enregistrées sur cette route, soit plus de la moitié du nombre total, affirme Frontex, le service européen de garde-frontières et de garde-côtes.
L’agence a également déclaré que l’augmentation de la pression migratoire sur cette route pourrait se poursuivre dans les mois à venir car les passeurs baissent les prix du trajet, poussés par la concurrence acharnée que se livrent les groupes criminels. Cependant, Frontex précise également que la Méditerranée reste dangereuse. Pour les sept premiers mois de cette année, plus de 2 060 migrants étaient portés disparus. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 1 800 personnes ont déjà perdu la vie cette année dans des naufrages sur la route centrale de la Méditerranée, le passage le plus meurtrier au monde.
En Italie, par exemple, le nombre de migrants arrivant par bateau en 2023 a dépassé la barre des 100 000 à la mi-août. Au 23 août, selon les données du ministère de l’Intérieur, 105 909 personnes étaient arrivées par la mer. Au cours de la même période de l’année dernière, ce nombre était de 51 328 personnes. En 2023, la plupart des migrants souhaitant atteindre l’Italie partent de Tunisie. Si les arrivées se maintiennent à ce rythme, le total annuel pourrait dépasser le record de 181 000 établi en 2016.
Des chiffres multipliés par 2
Les îles Canaries espagnoles connaissent également une augmentation du nombre d’embarcations partant vers les îles sur la route migratoire de l’Afrique de l’Ouest. Selon les autorités canariennes, 2 692 personnes ont été secourues ou sont arrivées sur les côtes canariennes en août, soit plus du double du nombre enregistré en juillet. Les organisations non gouvernementales pensent que cette augmentation se poursuivra au cours des prochains mois en raison des bonnes conditions météorologiques, de la crise politique au Sénégal, de l’instabilité dans la région du Sahel et des famines dans de nombreuses régions africaines.
Le ministère grec de l’Immigration a lui aussi enregistré ces dernières semaines une nette augmentation du nombre de personnes ayant quitté la côte turque de la mer Égée pour se rendre sur différentes îles grecques. Selon les données du ministère, à la mi-août, 6 669 migrants vivaient dans les centres d’accueil des îles de Lesbos, Chios, Samos, Leros et Kos. Leur nombre a plus que doublé par rapport au mois d’août de l’année dernière, où ils étaient 2 964.
La Belgique est confrontée à une crise aiguë de l’asile : le nombre de personnes arrivant dans le pays a augmenté rapidement depuis l’année dernière, mettant sous pression un système déjà fragile. C’est pourquoi hommes seuls demandeurs d’asile ne sont plus hébergés, a déclaré le gouvernement mardi en annonçant une suspension temporaire.

La route des Balkans occidentaux toujours très fréquentée ; Orbán libère des passeurs
Frontex a signalé une baisse sur la deuxième route la plus fréquentée des entrées irrégulières dans l’UE, celle des Balkans occidentaux, via la région comprenant l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie. Plus de 52 200 personnes ont été détectées, soit une baisse de 26 pourcents principalement due à une politique de visas plus stricte.
Bien que le nombre de camps de migrants dans le Sud de la Bosnie-Herzégovine ait considérablement diminué, le pays continue de servir de zone de transit pour les migrants en route vers l’Union européenne. Les tendances laissent présager un afflux continu, notamment en raison de l’entrée de la Croatie voisine dans l’espace Schengen en janvier 2023.
En Slovénie, le nombre d’entrées illégales recensées entre janvier et juillet a considérablement augmenté par rapport à 2022. Les données publiées par la police indiquent qu’elles sont passées de 10 103 à 26 871. La Croatie reste la porte principale des entrées illégales, avec 25 431 des cas interceptés, contre 8 330 pour la même période l’année dernière.
En Serbie, les nombres n’ont pas changé. Depuis le début de l’année, environ 73 000 migrants sont passés par les centres d’accueil serbes.
En Hongrie voisine, le gouvernement du Premier ministre Viktor Orbán, opposé à la politique de la Commission en matière de migration,a libéré en avril 1 400 passeurs condamnés, leur donnant trois jours pour quitter le pays. Le mois dernier, la Commission européenne a entamé une procédure contre la Hongrie.
Politique migratoire de l’UE : un accord historique sur un chemin difficile
L’UE a pris une série de mesures pour lutter contre l’entrée irrégulière sur son territoire. Après des années de conflit, les États membres de l’UE se sont mis d’accord en juin sur le Nouveau Pacte sur la migration et l’asile. Le pacte avait été proposé par la Commission européenne en 2020 afin de mettre en place pour l’UE une procédure de migration et d’asile plus équitable, plus efficace et plus durable.
Le nouveau plan prévoit que les demandes d’asile soient traitées dans un délai de douze semaines et que tous les migrants soient répartis entre les 27 pays de l’UE sur la base du PIB et de la population. L’objectif est d’atteindre 30 000 relocalisations par an.
Le compromis prévoit également que l’accueil des réfugiés ne soit plus volontaire, mais obligatoire. Les pays refusant d’accueillir des réfugiés seraient contraints de payer 20 000 euros de compensation par personne. En cas de crise provoquant un boom du nombre d’arrivées, la Commission déciderait si un pays a besoin de soutien.
Le 26 juillet, les États membres de l’UE n’ont toutefois pas réussi à s’accorder sur un aspect central du projet de pacte sur la migration, qui concerne spécifiquement les règles de migration et d’asile en situation de crise.
La présidence espagnole de l’UE, soutenue entre autres par l’Italie, avait proposé un compromis, mais plusieurs pays (Pologne, Hongrie, République tchèque et Autriche) ne l’ont pas soutenu. L’Allemagne, la Slovaquie et les Pays-Bas ont déclaré qu’ils s’abstiendraient de voter après avoir exprimé leurs craintes que le règlement n’abaisse les normes en matière d’octroi de l’asile.
La Pologne, qui s’oppose avec véhémence à la nouvelle politique d’asile, prévoit d’organiser un référendum le jour des élections législatives du 15 octobre. Le gouvernement demandera aux citoyens leur avis sur les réformes prévues de la politique d’asile de l’UE, y compris sur la question de savoir si un quota de migrants devrait être obligatoire pour les États membres. Le résultat n’aura toutefois aucun impact sur les projets de réforme de l’UE.

Un accord controversé de « partenariat modèle » avec la Tunisie
Outre la dimension interne, les dimensions externes de la migration sont également abordées.
En juillet, l’UE a signé un protocole d’accord avec le gouvernement tunisien du président Kaïs Saïed. La Commission européenne souhaite renforcer sa coopération avec la Tunisie en matière de politique migratoire afin d’endiguer le flux croissant de migrants et de réfugiés qui traversent la Tunisie ou qui en partent directement vers l’Europe via l’Italie.
Alors que beaucoup critiquent ce mémorandum comme étant contraire à l’éthique et « hautement problématique », notamment en raison du traitement inhumain infligé aux migrants en Tunisie, d’autres le qualifient de premier pas dans la bonne direction pour réduire durablement les chiffres de l’immigration en Europe. La Première ministre italienne Meloni a qualifié ce mémorandum de « modèle de partenariat » avec les pays d’Afrique du Nord.
La Commission européenne veut débloquer 105 millions d’euros pour les opérations de recherche et de sauvetage et le rapatriement des migrants, ainsi que 150 millions d’euros de subventions pour le budget de l’État tunisien. Le pays peut en outre espérer obtenir des crédits avantageux pouvant atteindre 900 millions d’euros pour sa stabilisation économique et financière à long terme.
Les cinq piliers du mémorandum – assistance macrofinancière, relations économiques, coopération énergétique, migration et contacts interpersonnels – suivent la stratégie de la Commission. Des accords globaux sont prévus pour combiner la coopération dans la lutte contre les trafiquants d’êtres humains à une forte accélération des politiques économique et d’approvisionnement énergétique durable.
L’accord « est un investissement dans notre prospérité commune, dans la stabilité et dans les générations futures », a déclaré la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.
Cet article est publié hebdomadaire. Le contenu est basé sur des nouvelles des agences participantes au sein de la enr.
