La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé mardi un nouveau fonds qui pourrait mobiliser près de 800 milliards d’euros pour des investissements dans toute l’Union, y compris une aide militaire à l’Ukraine. « Nous sommes dans une ère de réarmement et l’Europe est prête à augmenter massivement ses dépenses pour la défense », a-t-elle déclaré à Bruxelles.
Sa proposition, visant à renforcer les capacités de défense de l’UE, suggère d’accorder aux États membres plus de flexibilité dans leurs dépenses, d’assouplir les règles généralement strictes en matière de dette et de déficit et de réaffecter les fonds de développement régional aux investissements militaires.
Le plan comprend également 150 milliards d’euros de prêts pour des domaines clés tels que la défense aérienne et antimissile, les systèmes d’artillerie, les drones et la mobilité militaire, a expliqué von der Leyen. « Grâce à ce matériel, les États membres peuvent accroître massivement leur soutien à l’Ukraine », a-t-elle ajouté.
La Commission estime que, avec les capitaux privés et les fonds supplémentaires de la Banque européenne d’investissement (BEI), cette proposition pourrait mobiliser au total 800 milliards d’euros pour la défense.
« Nous vivons une époque des plus importantes et des plus dangereuses », a déclaré von der Leyen. Les dirigeants européens devraient discuter de son plan lors d’un sommet extraordinaire à Bruxelles jeudi.
L’initiative se heurte cependant à une résistance interne. Les Premiers ministres hongrois Viktor Orbán et slovaque Robert Fico ont indiqué qu’ils bloqueraient toute décision d’armer l’Ukraine, prise à l’échelle de l’UE, préférant les accords bilatéraux.
« Nous devons être à la hauteur » : le défi du réarmement de l’Europe
« C’est le moment décisif pour l’Europe et nous devons être à la hauteur », a déclaré von der Leyen en annonçant son plan. Mais même après trois années de guerre en Ukraine, les pays européens ont du mal à dépenser davantage en matière de défense.
Malgré les appels à une augmentation des investissements, beaucoup tardent à s’engager. L’objectif de l’OTAN de consacrer au moins 2 % de son produit intérieur brut (PIB) à la défense, poussé par les États-Unis, reste un seuil souvent difficile à atteindre. Par exemple, le Portugal ne s’est engagé à y parvenir que d’ici 2030.
La Slovénie, l’un des pays de l’OTAN qui dépense le moins en matière de défense, y consacre actuellement environ 1,35 % de son PIB, et prévoit de porter ce montant à 2 % d’ici 2030 également. D’un autre côté, des pays comme la République tchèque s’efforcent de dépasser ce seuil, le Premier ministre Petr Fiala visant 3 % dans les années à venir.
En Macédoine du Nord, alliée de l’OTAN et aspirant à devenir membre de l’UE, le gouvernement prévoit aussi d’allouer plus de 2 % du PIB à la défense.
Bien qu’il s’agisse d’une étape positive, cela reste un combat pour de nombreux pays de l’Union, en particulier pour ceux qui disposent de budgets de défense limités et d’infrastructures militaires obsolètes.
La Bulgarie, membre de l’OTAN et de l’UE, produit et exporte des équipements de défense, mais fait face à des défis pour moderniser son armée de l’époque soviétique. Malgré les projets visant à porter les dépenses à 2,5 % du PIB cette année, les experts prédisent que le budget réel sera plus proche de 2,1 %, pour cause de contraintes financières.
L’Europe se mobilise aux côtés de l’Ukraine
L’annonce d’une augmentation significative des dépenses pour la défense et de l’aide à l’Ukraine est venue après que Washington a décrété lundi une suspension temporaire de l’assistance militaire américaine à Kiev.
La décision de Donald Trump fait suite à sa vive altercation avec le président Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche devant des journalistes vendredi, renforçant les craintes de son objectif de forcer Kiev à conclure un accord de paix qui donne à Vladimir Poutine ce qu’il veut obtenir.
Alors que le président américain, récemment revenu au pouvoir, s’est présenté comme un médiateur entre Poutine et Zelensky, son approche a mis Kiev et l’Europe sur la touche tout en poursuivant un rapprochement avec le dirigeant russe.
Ce changement a été flagrant lors de la rencontre au bureau Ovale lorsque Trump a accusé Zelensky de ne pas être assez reconnaissant pour l’aide américaine et de ne pas être « prêt » à la paix avec la Russie.
Mais les Européens ont serré les rangs pour soutenir Kiev et un sommet organisé à Londres par le Premier ministre britannique Keir Starmer pour présenter un plan de paix s’est transformé en une séance de remise en selle diplomatique pour Zelensky après le fiasco de sa visite aux Etats-Unis.
Il a rencontré dimanche le roi Charles III, signe de la volonté de Londres de consolider sa stature après la gifle de Trump.
Zelensky a déclaré que le sommet avait ensuite cimenté l’engagement européen à œuvrer en faveur de la paix. « Nous avons besoin de paix, pas d’une guerre sans fin », a-t-il déclaré sur Telegram. « Dans un avenir proche, nous tous en Europe définirons nos positions communes – les lignes que nous devons atteindre et celles sur lesquelles nous ne pouvons pas faire de compromis », a-t-il ajouté. « Ces positions seront présentées à nos partenaires aux Etats-Unis. »
Starmer a également annoncé que la Grande-Bretagne, la France « et d’autres » travailleraient avec l’Ukraine sur un plan visant à mettre fin aux combats, qu’ils soumettraient ensuite à Washington.
Et le président Emmanuel Macron, de retour du sommet, a dit au journal Le Figaro que la France et la Grande-Bretagne souhaitaient proposer une trêve partielle d’un mois « dans les airs, sur les mers et les infrastructures énergétiques ».
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a appelé les Etats-Unis et l’Europe à montrer à Poutine « que l’Occident n’a pas l’intention de capituler devant son chantage et son agression ».
« Le plus gros du travail » pour l’Europe
Lors de ses entretiens à Londres avec Starmer, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a souligné « qu’il est très, très important que nous évitions le risque de division de l’Occident ». Selon elle, « à cet égard, le Royaume-Uni et l’Italie peuvent jouer un rôle important en construisant des ponts. ».
La dirigeante du parti Frères d’Italie (extrême droite) entretient de bonnes relations avec Washington, qui pourraient permettre de rétablir les liens avec Trump après la dispute à la Maison Blanche.
Cependant, face à une Russie intraitable et à des États-Unis réticents, les défis pour l’Europe de rester unie derrière l’Ukraine sont considérables.
Starmer et Macron se sont dits prêts à déployer des troupes britanniques et françaises en Ukraine pour aider à préserver toute trêve. Sans garantie d’une participation américaine, « l’Europe doit faire le plus gros du travail », a déclaré Starmer. C’est cependant le point de friction pour de nombreux partenaires européens.
Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson n’exclut pas l’envoi de troupes en Ukraine. Mais il souhaite clairement que les États-Unis soient impliqués. « Cela doit être construit sur un filet de sécurité américain. Cela doit être construit sur des structures crédibles », a insisté Kristersson à Londres.
Le président par intérim de la Roumanie, Ilie Bolojan, a avancé que les garanties de sécurité qui seraient accordées à l’Ukraine concerneraient en fait « l’ensemble du flanc oriental, de la Baltique à la mer Noire », soulignant qu’elles ne pourraient être fournies sans le soutien des États-Unis.
Un autre allié européen de Kiev, l’Espagne, souhaite que les contours de la paix soient fixés en Ukraine avant de s’engager à surveiller un cessez-le-feu.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré lundi aux médias que Madrid « n’a aucun problème » à envoyer des troupes à l’étranger, mais qu’à l’heure actuelle, en Ukraine, « l’effort est encore avant tout politique et diplomatique » pour assurer une paix juste et durable et non un simple cessez-le-feu temporaire.
Le sommet extraordinaire des dirigeants de l’UE jeudi à Bruxelles sera la prochaine grande occasion de définir la voie à suivre pour l’Ukraine. Zelensky a été invité à participer au débat sur une aide militaire accrue, plus que jamais indispensable sous la nouvelle ère Trump.
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